«ISSF Grand Prix Rapid Fire 2011»   par Christian Raynaud

JOURNAL

 

 

                        A l’invitation très exceptionnelle de l’ISSF, 37 tireurs venus de par le monde se sont rencontrés à Munich : il s’agissait de présenter, d’expliquer, de tester puis d’analyser la nouvelle organisation des finales olympiques et mondiales dans la discipline « Rapid Fire Pistol ».

A dire vrai, l’ISSF avait déjà annoncé comme acquise cette réforme des finales… avant la fin de 2010. Il y eut évidemment des réclamations contre cette décision, dont celle du président européen Vladimir Lisin, qui n’était pas sans importance !

La première de ces remarques, procédurière mais exacte, était que l’on ne change les règlements qu’après les Jeux Olympiques. En effet, les athlètes se préparent durant toute une olympiade selon un mode de compétition stable.

A Munich, du 7 au 11 Février, le (nouveau) secrétaire général Franz Schreiber et le vice-président Gary L. Anderson étaient constamment présents afin de défendre cette réforme inattendue.

La session a commencé par une longue séance de questions & réponses!

A première vue et sur papier, les nouvelles finales s’annonçaient comme très compliquées. Le mieux est de vous faire le récit de ces 3 journées de tir intensif.

Le principe d’abord : à l’issue du match en ligne traditionnel (2 séries en 8 sec., 2 en 6 sec. et 2 en 4 sec. forment une première passe. La répétition de ce programme le lendemain donne le total sur 600 points et le classement de qualification), on retient les 6 premiers pour tirer la finale. Jusqu’ici, c’est comme auparavant.

Mais, alors que l’on tirait 4 séries en 4 sec. notées au 1/10ème et que ce total sur 200 s’ajoutait au score du match (exemple 584+100,4=684,4), les compteurs sont maintenant complètement remis à zéro. Autrement dit, les 6 finalistes commencent avec zéro point chacun. La grande nouveauté vient du nouveau système de comptage (cibles électroniques évidemment indispensables) : un impact à l’intérieur de la zone équivalente à 9,7 est marqué « hit »(touché) et vaut 1 point, à l’extérieur c’est zéro. Remarque : le 9,7 correspond à un cercle de 124 mm sur des cibles carton.

L’affichage permet une visualisation immédiate, à la manière des « cibles tombantes » du biathlon ou du pistolet vitesse à air à 10 mètres. Les écrans (géants pour le public) affichent toujours les images des cibles touchées (par des disques blancs) ou manquées (croix rouge sur l’impact dans la cible restant noire) ainsi que les totaux intermédiaires.

Un seul incident valable est autorisé, mais sans pénalité. Exemple : si le tireur ne réussit qu’une seule mouche avec un incident au 5ème coup, il peut quand même faire 5 en seconde série.

Un coup tiré trop tard est marqué OT (Out if time) et, de plus, une pénalité de 1 point est soustraite du total. C’est la double peine !

Le grand objectif développé par le comité exécutif de l’ISSF est de fournir un spectacle télévisuel, rapide et facile à comprendre. Mr Schreiber a d’ailleurs précisé que cette nécessité d’une réforme accélérée est née de la déception  aux JO Beijing 2008 où la couverture médiatiques du tir fut particulièrement médiocre. Cette obsession de la télévision est clairement apparente dans le texte même des instructions ISSF car on peut y lire qu’après la préparation et une série d’essais, « la télévision commence maintenant », juste avant la présentation (nom et palmarès) des tireurs en lice ! On peut voir les vidéos des finales et les interviews de ces hauts dirigeants sur les sites www.issf-sports.org ou www.youtube.com/issfchannel.

Les 6 finalistes vont tirer par 2 sur une même ciblerie, soit 3 cibleries au total. Ils sont séparés par 1,5 m (soit la zone obligatoire pour un tireur en match !). Il nous faudra apprendre à tirer côte à côte et dans une position décentrée...

Au commandement « chargez », tous les tireurs ont 1 minute pour garnir 2 chargeurs (dérogation spéciale à la règle ISSF 8.6.4.2. afin de ne pas ralentir l’action. Il n’y aura pas d’autre commandement « chargez » et, durant toute la finale, les tireurs pourront compléter leurs chargeurs).
Il est permis de disposer 2 pistolets sur la table afin de pallier très vite à tout incident.

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Ensuite, l’arbitre annonce le nom du tireur au premier poste à gauche. Celui-ci peut alors approvisionner son arme et se tenir prêt car l’arbitre n’attend que 15 secondes avant d’annoncer « attention » en allumant les lampes rouges. Puis il ne compte plus « 3,2,1, start » mais la lampe verte qui permet le tir vient automatiquement  après 7 sec.

Après le tir, les lampes rouges reviennent pour 10 à 14 sec. et c’est l’annonce du résultat (exemple : « 4 hits »). Les lampes s’éteignent ensuite.

Aussitôt, l’arbitre nomme le second tireur. Il attend 14 sec., dit « attention » et les lampes rouges reviennent pour 7 sec. Et ainsi de suite.

  Après que les 6 concurrents aient tiré 4 séries complètes en 4 sec., le tireur qui a le moins de points est éliminé. Les 5 qui restent tirent une série de plus, le dernier sort aussi, etc. A la fin, il ne reste qu’un « duel » entre 2 pour attribuer l’or ou l’argent !

En résumé, ce tir est très amusant. En fait, ce type de tournoi par élimination directe l’a toujours été. Cependant, nous avons (personnellement, mais cet avis fut celui de nombreux compétiteurs) une petite réserve sur l’attribution d’une médaille olympique ou d’un titre mondial après cet exercice plaisant mais probablement un peu injuste. Sur l’exemple de Munich cette fois-ci, le français Daumal a terminé son match avec 584 points ; il fut le second à quitter la finale et c’est le polonais Podgorski qui l’a emporté alors qu’il avait seulement 579. De plus, l’aspect « Lotto » du comptage «1 ou zéro» a été prouvé tout au long de ces journées lorsque même les meilleurs obtenaient 2 ou 3 après des séries à 5/5.

Terminons avec le planning de ce stage/compétition.

Mardi matin : séries d’entraînement (2x8 sec, 2x6 sec, 4x 4 sec.).
Mardi après-midi : Système des finales. 4 séries d’entraînement et de découverte suivies de 4 séries de qualification pour 4 groupes (6 cibleries SIUS-ASCOR disponibles).
Mercredi matin : 8 séries de 6 tireurs (les têtes de séries 1+4 et 2+3 de la veille complétés par 4 répartis par tirage au sort). Ainsi, TOUS ont tiré. Bilan et discussions.
Mercredi après-midi : Match, 1ère passe.
Jeudi matin : Match, 2ème passe
Jeudi après-midi : FINALE du match puis FINALE des groupes. Cérémonie de remise des prix, conclusions.

    La présence d’une captation de télévision (5 caméras fixes, dont 3 au sol DEVANT les tireurs, et 2 mobiles) impose un éclairage particulièrement important SUR les tireurs. Il est indispensable de noircir à la fumée les instruments de visée et, malgré cela, les cibles paraissent sombres. Ainsi, il est difficile de percevoir rapidement la répartition des lumières de part et d’autre du guidon. La plupart des tireurs ont cherché patiemment la meilleure largeur de cran de mire…mais noir c’est noir. Tous, entraîneurs compris, se sont plaint du problème. Il est d’ailleurs patent car seuls 3 scores ont atteint le 580, ce qui est rarissime à ce niveau.

Lors du repas final (qui a réuni tireurs, coachs et organisateurs), nous avons bien compris l’enthousiasme de l’ISSF pour une discipline qui devient très spectaculaire et « télégénique » ! A les en croire, c’est la survie du tir à FEU aux JO qui en dépend et le « Rapid Fire Pistol » porte leurs plus grands espoirs. En tout cas, les constructeurs de cibles électroniques se frottent déjà les mains ! De plus, l'infrastructure indispensable implique des stands complexes et coûteux que l'on ne trouve pas dans chaque village!

MM Anderson et Schreiber sont resté patients et imperturbables devant les remarques, pertinentes autant que parfois acides, de l'assemblée.

Il est parfaitement clair que la pratique quotidienne de cibleries électroniques intérieures permet, seule, d’espérer de bons résultats. La convivialité libre de toute concurrence (on n’était pas en recherche de quotas !) nous a permis de nombreux échanges d’idées, de techniques, de préparations, etc. Une dernière déprime pour la route : le tireur le moins bien préparé parmi les présents à Munich (nous, belges, mis à part) s’entraîne 2 h par jour…

Nos résultats :

Wim Franssens (VSK) : 282 (bonne passe) puis 261 (il a reconnu être stressé) Total 543. Son Walther SSP fonctionne bien.
Christian Raynaud : Dès les premiers essais, mon MG2RF électronique tombe en panne définitive. Pour la suite, je dois emprunter le Pardini SP1 de Serge afin de ne pas rester sur le banc. Pièces de carton, scotch sur la crosse, 15 clics, etc. Pris en main très défavorable. 270+262=532
Serge Raynaud : Quelques hésitations sur le nombre de contrepoids utilisés pour les séries en 4 sec font un match difficile, plus la violence de l’éclairage TV et le stress d’une première fois dans un tel contexte… 252+254=506.

Les pistolets majoritairement utilisés étaient des PARDINI (27 !). Il y avait 2 TESRO, 1 MORINI, 2 WALTHER SSP, 5 MATCH-GUNS. Sur les 5 exemplaires de cette marque, et ce fut le paradoxe, on a vu celui du vainqueur Podgorski  mais aussi 2 en panne (le français Artaud et moi-même)!
Cette expérience fut extraordinaire pour tous ; l’occasion de tirer encore de telles finales restera sans doute très rare pour les belges, au moins pendant quelques temps !